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Zümral Ölmez

INTERTEXTUALITE DANS  INDIANA DE GEORGE SAND


ÖZET

Indiana, yazarýn ilk kez George SAND adýný kullanarak yayýmladýðý romanýdýr. Kadýný isteði dýþýnda kocasýna baðlayan toplumsal kurallara tutkulu bir biçimde karþý çýktýðý bu romanýyla yazýn dünyasýna giren George Sand , mutsuz evliliðine son vermesinin ardýndan  sevgiyi bulmaya çalýþan  kadýn kahramanýn haklýlýðýný savunmuþ ve kýsa sürede ünlenmiþtir.

Söz konusu roman olay örgüsünü yansýtan, tamamlayan, yorumlayan anýþtýrmalar ve göndermelerden oluþmaktadýr. Bu özelliði ile Indiana, çok sayýda alt-metne dayanan bir ana-metin olarak tanýmlanabilir.Dört bölümlük yapýt Chateaubriand’ýn   Les Mémoires d’outre-tombe ( Mezar ötesinden anýlar ) adlý kitabýnda yaratýlmýþ olan atmosfer ile baþlamakta Bernardin de Saint-Pierre ‘in   La Chaumière Indienne (Hintli kulübesi) baþlýklý yapýtýna yapýlan gönderme ile sona ermektedir. Indiana, Chateaubriand, Bernardin de Saint-Pierre’in yapýtlarýnýn  yaný sýra Jean-jacques Rousseau’nun    Julie ou La Nouvelle Héloïse ‘inin de izlerini taþýr.Madame de Lafayette’in La Princesse de Clèves (Clèves  Prensesi) ‘ndeki balo sahnesinin söz konusu romanda yankýlandýðý görülmektedir.Beaumarchais’nin  le Barbier de Séville  (Sevil berberiÝ) ‘ne açýk bir biçimde yapýlan gönderme ve sözünü ettiðimiz diðer gönderme, anýþtýrmalar ,izler  Indiana’nýn metinlerarasý bir roman olduðunun kanýtýdýr.

Anahtar sözcükler : George Sand, metinlerarasýlýk,roman, üst-metin, alt-metin, gönderme.anýþtýrma

Mots clés: George Sand, intertextualité, roman, hypertexte, hypotexte,référence,allusion

         

Indiana , est le premier roman  de George Sand qu’elle a écrit toute seule.  La date de publication  de ce roman  marque l’entrée de George Sand dans la littérature, autrement dit  “c’est la naissance de George Sand en tant qu’auteur à part entière “ (Didier,B.,1998: 28). Elle décide de ne plus écrire en collaboration. En renonçant à son marital , elle adopte le pseudonyme de George Sand. Cela lui donne  son identité   d’écrivain.

Ses premiers romans  ( Indiana, Valentine, Lélia  )  expriment des revendications féministes  et sa révolte contre les préjugés sociaux. George sand y traduit aussi  les orages de la passion qui agitent  sa vie.

Au XIX e siècle , trois figures de la femme dominent l’imagination des écrivains : la sylphide( génie aérien féminin plein de grâce ), la mère, la courtisane, c’est-à dire les romanciers placent les femmes devant un choix : “ vivre comme un ange désincarné ou comme une créature de péché “ (Echélard ,1984 :77). Mais les héroïnes de Madame de Stael et de George Sand sont indépendantes, autrement dit elles échappent à ce dilemme, et réclament dans la passion, l’égalité, les mêmes droits que l’homme.

       George Sand nourrit son inspiration romanesque avec ses expériences personnelles. Dans les romans en question ,elle exalte l’amour romanesque  qui se heurte aux conventions mondaines et aux préjugés sociaux comme s’y heurta  George Sand lors de ses passions successives , notamment pour A. De Musset  et pour Chopin.

En présentant l’héroïne de son premier roman , George Sand disait   “ Indiana, si vous voulez absolument expliquer  dans tout ce livre  c’est un type; c’est la femme , l’être faible , chargé de représenter  les passions comprimées , ou si vous l’aimiez mieux , supprimées par  les lois. “ (Sand, 1984:16).

Et elle définit l’amour d’Indiana , selon  l’écrivain, il  s’ agit  de  “ l’amour  heurtant  son front aveugle à tous les obstacles  de la civilisation “(Sand,1984:40). On touche là  à une obsessession profonde de l’écrivain  ; c’est l’esclavage des femmes :

 “ Mais il est bien vrai que , s’il n’est pas le sujet exclusif d’Indiana, l’esclavage de la femme  en est cependant un thème majeur “ (Sand,1984:26)

Dans tout le roman on  remarque la fréquence des images de la torture  :

“ Alors , sans pouvoir articuler une parole  il la saisit par les cheveux , la renverse et la frappa au front du talon de sa botte “ (Sand,1984:269).

Pour figurer l’esclavage moral d’Indiana , elle la présente comme  “ femme esclave qui n’attendait qu’un signe pour briser la chaine “(Sand,1984:90). Et, il faut remarquer que George Sand, à travers  Indiana,” crie  sa révolte de femme “(Bordas,E.,2004:34) ; c’est le récit qui reflète  le drame conjugal de l’écrivain. Indiana dénonce les souffrances liées à une union mal assortie : “ Le condamnation du mariage qu’exprimait ce roman n’échappe à personne “(Barry, 1982:143).

Indiana est l’un des textes de George Sand où  ses emprunts au  XVIIIe siècle  est le plus sensible; on y sent la marque de Rousseau et de Bernardin de Saint-Pierre , de Diderot.

Et on sent aussi l’influence des écrivains du XIX e siècle comme  Chateaubriand, Madame de Stael,  Balzac, Leconte de Lisle, Baudelaire... Autrement dit, il s’agit dans ce roman de l’existence de relations d’intertextualité :c’est  la  coprésence de deux ou plusieurs textes d’après Gérard Genette, cela peut comprendre la citation, le plagiat, l’allusion…Une autre forme possible de l’intertextualité est la reprise, dans une série ou dans un cycle , d’éléments issus d’ouvrages antérieurs,personnages, actions, …

Composé en quatre parties, Indiana s’ouvre sur  “ une soirée d’automne pluvieuse “(Sand,1984:49), dans “ un petit  castel de La Brie “ (Sand,1984:49) avec “ trois personnes “(Sand,1984:49)  qui regardent  “ brûler les tisons du foyer “(Sand,1984:49) . Commençant   par  la description morose  d’un château qui évoque  le château moyenâgeux de René , Indiana suit donc la tradition de Chateaubriand  “ en faisant référence au château paternel situé dans une province reculée , demeure d’une âme hypersensible  et maladive “(Hoog Naginski,1999:80). On trouve même des analogies étonnant entre le premier chapitre d’Indiana  et  Les Soirées d’automne à Combourg rapportées  au livre III de la première  partie  des Mémoires d’Outre-Tombe  de Chateaubriand ; la romancière reprend  presque mot pour mot la célèbre desciption  des soirées d’automne à Combourg  pour décrire les soirées mornes même sinistres  qu’Indiana passe avec son mari :

      

 “ Par une soirée d’automne pluvieuse et fraîche  trois personnes  rêveuses étaient gravement  occupées , au fond d’un petit  castel de La Brie, à regarder   brûler les tisons du foyer et cheminer  lentement  l’aiguille  de la pendule . Deux de ces hôtes silencieux semblaient s’abandonner en toute soumission au vague   ennui qui pesait sur eux ;”(Sand,1984:49)

Dans le passage des Mémoires d’Outre-Tombe ,  Chateaubriand décrit aussi les soirées d’automne et  d’hiver à Combourg pendant lesquelles René et Lucile sont assis près du feu :

“ Les soirées d’automne et  d’hiver  étaient  d’une autre nature.Le souper fini et les quatre convives revenus de la table à la cheminée , ma  mère  se jetait , en soupirant sur un vieux lit de jour de siamoise flambée (….) “(Chateaubriand,1947: I,115) .

Le château gothique de Chateaubriand , comme celui de George Sand apparaît sous la lumière triste de l’automne,nous le voyons dans les citations ci- dessus.

Il faut aussi noter que le père qui se trouve dans les Mémoires d’Outre-Tombe  sert de modèle  à Monsieur Delmare . L’extrait suivant nous en donne une  idée claire.

“ Il arpentait avec gravité son vieux salon  meublé  dans le goût  de Louis XV, (..).A chaque tour de sa promenade , Monsieur Delmare , en passant devant le feu, apparaissait comme un ombre et se perdait aussitôt  dans les mystérieuses  profondeurs du salon “(Sand,1984:50-2).

Chateaubriand décrit  aussi la promenade du père dans les soirées d’automne à Combourg :

“ Lorsqu’en se promenant , il s’éloignait du foyer ; la vaste salle était si peu éclairée par une seule bougie qu’on ne le voyait plus ;on l’entendait seulement encore marcher dans les ténèbres”(Chateaubriand,1947:I,115).

La ressemblance très étonnant  du texte de George Sand avec celui de Chateaubriand  est perceptible. Les premières pages  d’Indiana nous rappellent certains passages du début des souvenirs de Chateaubriand.Il existe donc  un exemple frappant de pure intertextualité dans  deux passages d’évocation  d’une soirée  dans le petit castel de La Brie et des soirées d’automne à Combourg .

Ensuite,il faut remarquer que George Sand attachait de l’importance à René  comme l’attestent plusieurs passages  d’Histoire de ma vie.Dans son adolescence ,elle s’identifie au héros, comme nous le montre son affirmation : “ Il me semble que René,c’était moi “(Sand,1970-1971: II,1092). Elle  s’inspire principalement  des modèles littéraires masculins.   Indiana possédait  “ comme René , le coeur mort avant d’avoir vécu “(Sand,1970-1971: I,1093) . C’est-à –dire , René est d’abord “ une âme  soeur “(Sand,1970-1971: I,1093) pour George Sand  il devient ensuite  un modèle pour la première héroine romanesque  de celle-ci ;  Béatrice Didier le souligne en disant:” L’empreinte de René sur Indiana est aussi évidente que normal” (Sand,1984:369).

Autre influence sensible mais plus diffuse dans l’ensemble du texte , sauf  à la  fin,c’est celle  de Bernardin de Saint-Pierre  dont George Sand avait lu Paul et Virginie et probablement La Chaumière Indienne ( les deux oeuvres sont souvent publiées ensemble ) . A l’intérieur du roman d’Indiana , les références à Bernardin de Saint-Pierre sont assez nombreuses et explicites pour attirer l’attention du lecteur.Elle le  cite même à plusieurs reprises  . Nous le voyons dans le passage  où  George Sand écrit à propos d’une lettre que Noun envoie à Raymon  :

“Hélas! La pauvre fille à demi sauvage de l’île Bourbon ignorait même qu’il eût des règles à la langue (…) elle se dit  : - ma lettre est bien faite pour le ramener. (….)   Cette lettre , Raymon n’eut pas le courage de la  lire jusqu’au bout .  C’était peut –  être un chef-d’oeuvre d’une passion  naïve et gracieuse ;      Virginie n’en écrivit peut- être    pas    une  plus charmante à Paul lors qu’elle eut quitté sa patrie “  (Sand,1984:77).

Un   autre exemple ; Noun introduit  Raymon dans la chambre d’Indiana , Raymon  y voit des   “ gravures qui représentaient les pastorales amours  de  Paul et de Virginie  les cimes de l’Île Bourbon et les rivages bleus de Saint-Paul “(Sand,1984:101).

Remarquons que  dans le premier passage,George Sand présente Noun comme “ étant d’une grande ignorance  et d’une naiveté qui lui coûtera chère “(sand,1984 :77).Cette lettre prouve son ignorance en orthographe . la romancière la  compare  à Virginie , car  elle, non plus  ne sait pas lire ni écrire,  c’est-à dire il s’agit de  l’influence de Bernardin de Saint-Pierre qui  s’exerce  dans la  création des personnages .Selon Béatrice Didier l’influence de celui-ci s’exerce :

“ dans plusieurs directions , toutes  également  importantes : dans la création  des  personnages et de l’intrigue, certes mais aussi dans l’art d’évoquer les paysages dans une certaine formes de sensibilité. “(Didier,B.,1998 :72).

Indiana tient de Virginie  “ elle a bien des traits de ressemblance avec Virginie, et jusqu’à son origine et aux détails de son enfance “(Sand,1984 :155). Indiana revient à son passé  , elle  évoque son enfance  , en s’adressant  à Raymon , elle dit :

“Vous ne savez  donc pas quelle reconnaissance  sacrée nous enchaîne à lui?

Vous ne savez donc pas sa mère était la soeur de la  mienne; que  nous sommes  nés dans la même vallée que son adolescence a protégé  mespremiers ans qu’il a été mon seul appui, mon seul instituteur, mon seulcompagnon à  l’île Bourbon.”(Sand,1984: 202).

Et elle raconte presque l’enfance de Paul et Virginie  qui sont élevés ensemble et,grandissent , unis par un amour fraternel;

“ Ainsi ces deux petits enfants , privés de tous leurs parents se remplissaient de sentiments plus tendres que ceux deux fils et de filles , de frère et de soeurs “(Bernardin de Saint-Pierre ,1984:88).

 La romancière  situe une  partie du roman et  surtout  sa fin dans l’île de Réunion  , en s’inspirant de Bernardin de Saint-Pierre et des récits de Jules Néraud  qui lui a confié ses notes de voyages.

Remarquons que , dans toute la fin d’Indiana , l’influence de Bernardin a secondé.

La Réunion  permet  à George Sand de  “magnifiques  descriptions “(Didier,B.,1998:60).

Dans la description de la nature la marque de Bernardin de Saint-pierre est  évidente et on peut y voir  une foule de détails exotiques que la romancière  emprunte à celui-ci.

La flore de la Réunion , c’est- à dire l’ensemble des plantes  de la Réunion  décrite par George Sand nous rappelle Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre .De nombreuses allusions à celui-ci sont perceptibles. Parmi les références  les plus visibles  on peut donner à titre d’exemple  les extraits suivants :

 “ Voyages en quelques heures de l’ile  de France   à l’ ile Rodrigue , où après des pointes  de deux cents lieues en  mer, il revient chaque soir coucher sous veloutier qui cache sa nichée”(Sand,1984:257)

Le veloutier que nous  avons vu dans le passage  tiré d’Indiana , signifie les palmiers sauvages , c’est un nom vulgaire à l’ile Bourbon , devient un issu où Paul et  Virginie se réfugient  , comme nous le  montre le passage tiré de Paul et Virginie :

    “  Quelquefois  ,assis sur un rocher , à l’ombre d’un veloutier, nous voyons les flots au large  se briser à nos pieds  avec un horrible fracas”(Sand, 1984, :124).

L’influence de Bernardin de Saint-Pierre est sensible, non  seulement celle de Paul et Virginie mais aussi , d’autres oeuvres, en particulier, du voyage à l’île de France, des études de la nature et de la Chaumière Indienne.Dans le Voyage à l’île de France  Bernardin de Saint-Pierre décrit un arbre exotique :

La jamrose est un arbre qui donne un bel ombrage .Il s’élève peu, ses fruits ont l’odeur d’un bouton rose , un goût un peu sucré et insipide (Sand, 1773 :I,229).

 George Sand  s’y  réfère ; voici une citation où Ralph s’adresse à Indiana :

“Vous  souvenez-vous comme nous filions ,légers comme deux  tourterelles, le long des buissons  de jamrosier .”(Sand ,1984:124).

La romancière avait de l’affection pour les oiseaux . L’abondance des  descriptions  de ceux-ci   reflète  son affection . Ralph , “ s’occupait de l’étude de l’histoire naturelle ou surveillait les travaux de plantation  “(Sand,1984:253)  et il enseignait , à Indiana les noms des oiseaux :

 “  Il lui montrait la belle sarcelle de Madagascar , au ventre orangé, au dos  d’émeraude ; il lui faisait admirer le vol de paille – en queue à brin rouge(…)” (Sand,1984 :255)

Dans la citation ci-dessus , l’influence de Buffon est sensible.George Sand connaît ces oiseaux par Buffon comme fait remarquer Pierre Salomon :

“  (…) enrichie de nombreuses planches en couleurs  et nous avons constaté des ressemblances frappantes entre son texte et celui de Buffon “(Salomon,1984:XLI).

Mais il faut souligner aussi l’influence de Bernardin de Saint-Pierre  dans  le paysage sauvage traversé du vol des oiseaux  . Voici un exemple :

“ Les hôtes de  ces solitudes  étaient les goëlands , les pétrets , les foulques et les hirondelles de mer.(……..) Vers le soir , ils se rassemblaient en troupes inquiets , et remplissaient la gorge sonore de leurs cris rauques et farouches

Ralphe se plaisait à suivre leur vol majestueux ,à écouter leur voix mélancolique.”(Sand, 1984:256).

Les oiseaux aquatiques et le vol des oiseaux que nous avons remarqué dans le passage tiré d’Indiana nous rappellent  le texte de Bernardin de Saint-Pierre :

“Les oiseaux de mer attirés par ces retraites paisibles , y venaient  passerla nuit. Au coucher de soleil on y voyait voler le lons des rivages de lamer(….) océan indiens .”(Bernardin de Saint Pierre , 1984 :141).

 

George Sand qui s’est renseigné sur  l’île Bourbon , a appris sa végétation, son climat,ses cultures, même les régimes des vents de cette île :

      “Un instant après s’éleva le vent furieux qui les balaya en un clin d’oeil. Puis le vent tomba; le brouillard se réforma , pour être chassé encore par une terre rafale.je cherchai un réfuge contre la tempête dans une grotte, qui me protégea ; mais un autre fleau vint se joindre  à celui du vent.Des torrents de pluie gonflèrent le lit des rivières ,qui toute ont leurs réservoires sur le sommet du icône.”(Sand,1984 : 333).

La description du vent très violent , de la forte tempête et  des pluies torrentielles  nous indiquent l’empreinte  des tempêtes  effroyables et des pluies épouvantables    dans Paul et Virginie     sur Indiana.

En faisant référence explicite à la Chaumière Indienne  où l’on raconte l’entretien  d’un savant Anglais  et d’un paria en Inde, George Sand termine son roman.Le paria, rejeté de tous,  a trouvé  le bonheur  le plus  pur  dans  sa solitude familiale et dans le cadre de la nature parfaite.Bernardin de Saint-Pierre a décrit  des paysages pittoresques avec une extrême richesse de coloris.La nature est considérée dans ses rapports avec l’âme humaine. Elle offre  à  l’homme des spectacles pour charmer , pour apaiser son coeur.  Comme nous le montre le passage suivant :

 “ Ma pagode c’est la nature; j’adore son auteur  au lever du soleil, et  je le bénis ;a son coucher.(….) la nature est la source de tout ce qui existe ; son langage  n’est point inintelligible et variable , comme celui des hommes et de leurs livres.(…) Tout livre est l’art d’un homme , maisla nature est l’art de Dieu.” (Bernardin de Saint-Pierre , 1998,:30). dans le roman de George Sand , Ralph et Indiana se  réfugient dans la nature; Ils décident de retourner  dans l’île Bourbon  et de s’y suicider. Mais au sein de la nature , ils renoncent  à ce projet funeste et vivent des jours paisibles. Remarquons que , pour Ralph et Indiana , la nature devient un refuge  où ils cherchent à trouver  une consolation à l’amour deçu dans l’amitié comme le paria de Bernardin de Saint-Pierre.

Ralph  se définit lui-même comme  un paria  :

“ Eh quoi ! nul d’entre les miens n’avait voulu être mon appui, et maintenant tous me convoquent à l’assemblée de leurs intérêts pour me charger  de lesdéfendre ! On ne voulait pas même me laisser jouir en paix de ce qu’on nedispute point aux  parias ,l’air de la solitude !”(Sand, 1984 :322).

De même , un personnage  d’anglais de la chaumière Indienne, présente des ressemblances avec Ralph. Tous les deux découvrent la sagesse ; Ralph la trouve dans son vallon , le personnage d’anglais, dans  la chaumière  indienne

Et comme dans la Chaumière Indienne ,le narrateur d’Indiana,  cherche un refuge  contre la tempête  et vient à leur modeste demeure isolée :      

“Après deux jours deu plus pénible et du dangereux voyage , j e me trouvai , conduit par la providence sans doute , à la porté d’une habitation  située dansun endroit  extrêmement sauvage,(…) j’entrai donc ,et j e me trouvai seul, face à face avec lui, avec  Sir Ralph  Brown.” (Sand,1984 :333-34).

A la fin du roman , Ralph et Indiana renoncent  à la société ,ils se réfugient dans la solitude ,  ce qui est allusion au texte de Bernardin de Saint-Pierre, mais  Ralph  n’essaie pas de convertir le narrateur à la solitude; il lui conseille de retourner au monde :

 “ Allez, jeune homme  poursuivez les cours de votre destinée ; ayez des amis, un état, une réputation, une patrie (..) Ne rompez point les chaînes qui vous lient à la société”( Sand, 1984 : 343).

En résumé,  la romancière fait un tableau idyllique .C’est la conséquence d’une tentative de suicide  qui finit bien. Le thème du suicide est capital  dans  Indiana. Le thème du suicide par noyade  fournit  son leitmotive profond  à ce roman. Dès la fin de la première partie, nous apercevons , à travers le regard  d’Indiana, “   le cadavre de Noun  flotter sur l’eau  “(Sand, 1984 :119)  . Indiana songe à plusieurs reprises  à se noyer :

 “ (..) car la vie qu’elle passait entre M. Delmare et M. Ralph lui était devenue odieuse    ,et si elle n’eût compté se soustraire bientôt à la domination de ces deux hommes , elle se fût noyée aussi. Elle se disait que , Raymon la traitait comme Noun, il ne lui resteras plus d’autre source ,pour échapper à un avenir  insupportable , que de rejoindre Noun.Cette sombre pensée la suivait  en tous lieux, et elle s’y plaisait.” (Sand,1984 :213).

Le roman s’achève sur  le projet de  double suicide dans la cascade  de l’île Bourbon.Mais il y a soudain un renversement. George Sand fait porter  à Ralph  la liberté de l’expression  sous toutes ses formes : liberté de penser, liberté  d’écrire, liberté  de parler,  saintes conquête  de l’esprit humain  “(Sand,1984 :211) Et  Ralph déclare aussi  son amour à Indiana. La confession de Ralph aboutit  à la connaissance de soi  et par conséquent au désir de vivre.  Le cri de Ralph “ mourons ensemble “(Hoog Naginski,1999:92) se transforme en “ vivons ensemble “(Hoog Naginski, 1999:93) .

Une autre influence ; c’est celle de Jean-Jacques  Rousseau ; l’éloge du suicide prononcé par Ralph  où il considère le suicide comme une remède à tous les maux :

“Ce remède est le suicide ; c’est celui que je te propose , que je te conseille (….) le baptême du malheur a bien assez purifié nos âmes : rendons –lesà celui qui nous les  a données “( (Sand, 1989 : 305-6). nous évoque  le souvenir  de la Nouvelle Héloïse de  Jean –Jacques Rousseau. Dans le roman de Rousseau , nous voyons deux lettres sur le suicide, l’une favorable, l’autre défavorable: dans la lettre 21, écrite par Saint-Preux  à Milord Edouard, Rousseau fait l’apologie du suicide, comme preuve de liberté, en sublimation à leur amour manqué  :

“  Quand notre vie est mal pour nous , n’est nu bien pour personne, il est   donc permis s’en délivrer.(….) Que l’amitié qui nous joint  nous unissent encore,à notre dernière heure. Oh ! quelle volupté pour deux vraies amis  de finir leurs jours volontairement dans les bras de l’autre.ýls s’en vont ensemble; ils ne quitent rien”( Rousseau, 1960 .365-6)

Ensuite, il faut remarquer que , dans la description de la nature et l’analyse des sentiments   , l’influence de Rousseau est  perceptible. Chez Rousseau, la nature sauvage offrait aux âmes  sensibles un refuge contre la cruauté  et la bêtise de la société. . Dans la Nouvelle Héloïse, où l’auteur concilie la passion et la vertu,  l’influence de la nature sur l’âme est primordiale, car il y a des correspondances et des harmonies mystérieuses qui unissent la nature et les sentiments.Comme nous avons déjà souligné , on retrouve ce thème dans Indiana de George Sand ,à la fin du roman , le thème s’impose et la romancière  “ abandonne Indiana et Ralph ,à  leur  Chaumière Indienne “( sand, 1984: 343) où les deux protagonistes espèrent trouver le bonheur dans la nature comme Saint –Preux de La Nouvelle Héloïse qui se sentait meilleur et  apaisé dans les montagnes du Valais. Du point de vue du  plan de la structure romanesque , on y observe le modèle de la Nouvelle Héloïse , en particulier dans la situation du type de trio. Trois personnages  : le mari M.  de Wolmar,  la jeune femme sensible, Julie  et un autre homme  qui est intègré au ménage . C’est exactement le trio d’Indiana de George Sand : M.Delmare, Indiana et Ralph. Celui-ci tient de Saint-Preux qui est  un jeune roturier, chargé  par  Mme d’Etang , au début du roman, de l’éducation de la famille de Julie. Cependant , il tombe amoureux de son élève, mais il fait tout pour garder leur passion pure et vertueuse. Amoureuse de son précepteur,  Julie aura une liaison avec lui à laquelle elle mettra fin par son mariage avec M. de Wolmar.Ralph , lui aussi, a été  professeur  d’Indiana et il  tombe  amoureux d’elle, mais il se distingue de  Saint-Preux dans la  mesure où sa passion n’a pas été partagée et où  il était  Anglais comme Milord Edouard, c’est autre personnage de La Nouvelle Héloïse ; il est un pair d’Angleterre rencontré par Saint-Preux lors d’un voyage. Cultivé et raffiné, il sera le meilleur ami de Saint-Preux et deviendra avec Claire le plus solide adjuvant des deux protagonistes. Ralph assume “ à l’égard d’Indiana le rôle de mentor assez semblable à celui que remplit Milord Edouard vis-à vis de Saint-Preux “( Sand, 1984 : 368).

Une autre  équivalence que nous pouvons établir , c’est allusion évidente au Barbier de Séville  de Beaumarchais  et /ou celui de Rossini où le Comte Almaviva se déguise pour s’introduire auprès de Rosine , nous le voyons dans   l’extrait suivant   d’Indiana:

“   Le Colonel Delmare était peu désireux de suivre le développement de leur liaison ; aussi se retira-t- il dès qu’il fut bien assuré que sa femme n’avait pas occupé  un instant  l’Almaviva de cette aventure .” (Sand, 1984 : 71 ).

Enfin, le chapitre V où Monsieur de Ramière découvre  au cours d’un bal une belle inconnue, évoque la scène de la rencontre au bal qui se trouve dans La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette. Ainsi  Le passage suivant d’Indiana  où la romancière fait un portrait admirable de Madame Delmare   porte la marque de la scène  en question  :

“C’était une créature toute petite , toute mignonne,toute déliée; une beauté desalon que la lueur vive des bougies rendait féérique et qu’un rayon de soleil eût ternie.(…) Raymon s’était  approché de la belle Indienne .” ( Sand, 1984 : 80 ).

Dans la scène de La Princesse de Clèves , Madame de Lafayette ,elle aussi , fait le portrait de son héroïne  en disant : “ Lorsqu’elle arriva , l’on admira sa beauté et sa parure  “ ( Madame de La fayette,1981 : 82 ).  &nbbsp;  

Pour conclure ,nous pouvons dire que  Indiana est un intertexte  se composant de nombreuses allusions   ou d’un grand nombre  de références aux oeuvres antérieures  qui reflètent ,commentent  ou complètent l’intrigue du roman, au point que Indiana peut apparaître comme un hypertexte  s’appuyant sur des hypotextes .

Le roman commence dans l’atmosphère des soirées de Combourg   rapportée au livre III de la   I  er partie des Mémoires d’outre –tombe de Chateaubriand  et se termine par la référence à la Chaumière Indienne   de Bernardin de Saint-Pierre .De même , il porte  la  marque de Julie ou la Nouvelle  Héloïse de Jean-Jacques Rousseau  et les empreintes de la scène  “ La  rencontre au bal “ de la Princesse de Clèves de Madame de Lafayette et il contient   l’allusion évidente  au  Barbier de Séville  de Beaumarchais et / ou  de Rossini . Voilà ce sont les références, les empreintes, les allusions en question qui  nous montrent l’éxistence de  relations d’ýntertextualité dans Indiana de George  Sand.

         

BIBLIOGRAPHIE

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Bordas, Eric,   Indiana de George Sand, Foliothèque, Gallimard, 2004.

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Didier, Béatrice,  George sand écrivain , “ un grand fleuve d’Amérique “,  PUF,1998.

Echélard, Michel, Histoire de la littérature en France au XIX e siècle, Hatier, 1984.

Hoog Naginsky, Isabelle, George Sand : écriture ou la vie, traduit par Nadine Dormoy en collaboration avec l’auteur, Honoré  Champion, 1999.

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Salomon, Pierre,  George Sand  Connaissance  des lettres, Nouvelle éd. , éd. De l’Aurore, Grenoble , 1984.

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