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Tuna Ertem

GEORGE SAND, PERSONNAGE ROMANESQUE?


 ÖZET

GEORGE SAND ROMAN KAHRAMANI MIDIR?

2004 yýlýnda 200. doðum yýlý kutlanan Fransýz kadýn romancý George Sand, gerek yapýtlarýnýn çeþitliliði, gerekse kýrsal roman türünün geliþmesi ve kadýn haklarý konusundaki öncü çalýþmalarýyla, 19. yüzyýlda olduðu kadar günümüzde de dikkatleri üzerinde toplayan bir yazardýr.

George Sand’ýn renkli kiþiliði, fýrtýnalý yaþamý, yapýtlarýnýn çok okunur olmasýna yol açmakla kalmamýþ, ayný zamanda dönemin büyük romancýlarýna kadýn kahramanlarýn yaratýlmasýnda model oluþturmuþtur. Örneðin Balzac’ýn Béatrix adlý romanýndaki Camille Maupin ile George Sand arasýnda koþutluk kurmak mümkündür. Bu koþutluk fiziksel portreler açýsýndan olduðu kadar moral, psiþik, entelektüel ve sosyo-kültürel açýlardan da önem taþýmaktadýr. Ne var ki, Camile Maupin’in yaþamöyküsü George Sand’ýnki ile çok az benzerlik göstermektedir. Her þeyden önce kurgusal bir kiþi olan Camille Maupin, tipik Balzac kahramaný özelliklerini taþýmaktadýr. George Sand ise hiçbir zaman doðrudan roman kahramanlarýnda yansýtýlmamýþ, ancak bir roman kahramanýnýn yaratýlmasýnda güçlü ve etkileyici bir model oluþturmuþtur.

Anahtar Sözcükler: romancý, roman kahramaný, karþýlaþtýrma, portre, kurgu

Mots clés: romancier, personnage romanesque, comparaison, portrait, fiction

D’après George Sand, on a toujours  tort de voir en un personnage de roman le portrait d’un être vivant. Dans Histoire de ma Vie elle dit:

“Un portrait de roman, pour valoir quelque chose, est toujours une figure de fantaisie. L’homme est si peu logique, si rempli de contrastes et de disparates dans la réalité, que la peinture d’un homme réel serait impossible et tout à fait insoutenable dans un ouvrage d’art.” (Sand, 2001:11).

Elle prétend qu’il aurait été au principe impossible que son personnage le Prince Karol fût, comme l’on s’était plu à le dire, Frédéric Chopin.

‘Prof. Dr., Département de Langue et Littérature Françaises de la Faculté de Langue et Histoire-Géogrophie de l’Université d’Ankara

“J’ai tracé, dans le Prince (Lucrezia Floriani-1847) Karol, le caractère d’un homme détérminé dans sa nature, exclusif dans ses sentiments, exclusif dans ses exigences.

Tel n’était pas Chopin […]. Chopin était un résumé de ces inconséquences magnifiques que Dieu seul peut se permettre de créer et qui ont leur logique particulière. Il était modeste par principe et doux par habitude, mais il était impérieux par instinct et plein d’un orgueil légitime qui s’ignorait. De là des souffrances qu’il ne raisonnait pas et qui ne se fixaient pas sur un objet déterminé”. (Sand, 2001:12)

Nous pouvons souligner dans ce passage deux mots qui pourraient définir le personnage de roman par opposition à l’être vivant: déterminé et exclusif.

Or, après avoir lu ces constatations de George Sand, comment pouvons-nous dresser un parallélisme entre Camille Maupin, un des protagonistes déterminés et exclusifs du roman de Balzac, intitulé Béatrix et George Sand qui, malgré sa renommée d’être un des écrivains les plus idéalistes et moralisateurs, a donné l’exemple de l’instabilité diabolique des idéaux et des moralités, d’un roman à l’autre? Pouvons-nous établir une similitude entre Félicité des Touches, personnage balzacien connu sous le pseudonyme de Camille Maupin et Amantine Aurore Lucile Dupin, écrivain éminent du XIX e siècle, connu sous le nom de George Sand? Est-il possible de reconnaître, avec plusieurs critiques et  chercheurs, le portrait de cette romancière immortelle sous les traits d’une figure de fantaisie, d’un personnage fictif?

Au cours de cette petite intervention, j’esseierai de trouver une réponse à toutes ces questions en comparant le portrait de Camille Maupin tracé par Balzac à celui de George Sand. Le portrait de Félicité des Touches, c’est-à-dire de Camille Maupin sera étudié sous plusieurs aspects: d’abord le portrait physique, ensuite moral, psychique, intellectuel, et socio-culturel.

La scène du roman s’ouvre en 1836. La première apparition de Camille est faite par des  allusions. Elle nous est  présentée  sans être nommée, avec le surnom qu’on lui a attribué à Guérande, petite ville bretonne. On l’appelle “Mademoiselle des Touches” comme on apelle George Sand “la dame de Nohant”. Le portrait physique de cette femme de quarante ans est peint pour la première fois à la page 95. C’est le Baron du Guénic qui le trace à sa femme par ces paroles choquantes:

“Mlle. des Touches est, dit-on, noire comme un corbeau, forte comme un turc”. (Balzac, 1979: 95).

Il est certain que cette expression “fort comme un Turc” est utilisée exprès pour souligner le caractère viril de cette femme.

Cependant, c’est une femme d’une beauté indéniable que Balzac nous décrit de la façon suivante:

“Elle comprit que sa beauté allait s’altérer par le fait de son célibat obstiné, mais elle voulait demeurer belle, car alors elle tenait à sa beauté.” (Balzac, 1979: 102)

Un peu plus loin ce portrait physique à la balzacienne voit le jour plus en détails: Je vous invite à suivre cette longue description tout en considérant le portrait de George Sand.

“Mademoiselle des Touches, en vraie bretonne de race, est d’une taille ordinaire; elle n’a pas cinq pieds, mais on les lui donne. Cette erreur provient du caractère de sa figure, qui la grandit. Elle a ce teint olivâtre au jour et blanc aux lumières, qui distingue les belles Italiennes: vous diriez de l’ivoire animé. Ce visage, plus long qu’ovale, ressemble à celui de quelque belle Isis des bas-reliefs éginétiques. Les cheveux noirs et abondants descendent en nattes le long du col…. Le front est plein, large, renflé aux tempes, illuminé par des méplats où s’arrête la lumière, coupé, comme celui de la Diane chasseresse: un front puissant et volontaire, silencieux et calme. L’arc des sourcils, tracé vigoureusement, s’étend sur deux yeux dont la flamme scintille par moments comme celle d’une étoile fixe. Le blanc de l’oeil n’est ni bleuâtre, ni semé de fils rouges, ni d’un blanc pur; il a la consistance de la corne, mais il est d’un ton chaud. La prunelle est bordée d’un cercle orange. C’est du bronze animé. Cette prunelle a de la profondeur. Les cils sont courts mais fournis et noirs comme des queues d’hermine. Les paupières sont brunes et semées de fibrilles rouges […]. Le tour des yeux n’a pas la moindre flétrissure ni la moindre vide. Seulement, la saillie des pommettes, quoique douce, est plus accusée que chez les autres femmes. […] Le nez, mince et droit, est coupé de narines obliques assez passionnément dilatées pour laisser voir le rose lumineux de leur délicate doublure. Ce nez continue bien le front auquel il s’unit par une ligne délicieuse, il est parfaitement blanc à sa naissance comme au bout, et ce bout est doué d’une sorte de mobilité qui fait merveille dans les moments où Camille s’indigne, se courrouce, se révolte. […] La bouche arquée à ses coins est d’un rouge vif, le sang y abonde. […] La lèvre supérieure est mince, le sillon qui l’unit au nez y descend assez bas comme dans un arc, ce qui donne un accent particulier à son dédain. […] Cette jolie lèvre est bordée par la forte marge rouge de la lèvre inférieure, admirable de bonté, pleine d’amour et que Phidias semble avoir posée comme le bord d’une grenade ouverte, dont elle a la couleur. Le menton se relève fermement; il est un peu gros, mais il exprime la résolution et termine bien ce profil royal sinon divin.” (Balzac, 1979: 102-104).

 Oui, on dirait le profil de George Sand, dont nous lisons ces quelques lignes dans Histoire de ma vie:

“Yeux noirs, cheveux noirs, front ordinaire, teint pâle, nez bien fait, menton rond, bouche moyenne, taille quatre pieds dix pouces (1.56m)”. (Dufour, 2002: 467-468).

Quant à la constitution de Camille Maupin, elle évoque plutôt celle d’un homme:

“Le buste est large. Le corsage est mince et suffisamment orné. Les hanches ont peu de saillie, mais elles sont gracieuses. La chute des reins est magnifique et rappelle plus le Bacchus que la Vénus. Là se voit la nuance qui sépare de leur sexe presque toutes les femmes célèbres, elles ont là comme une vague similitude avec l’homme. […] Au lieu de se creuser à la nuque, le col de Camille forme un contour renflé qui lie les épaules à la tête sans sinuosité, le caractère le plus évident de la force. […] L’attache des bras, d’un superbe contour, semble appartenir à une femme colossale. Les bras sont vigoureusement modelés, terminés par un poignet d’une délicatesse anglaise, par des mains mignonnes et pleines de fossettes, grasses, enjolivées d’ongles roses taillés en amandes et côtelés sur les bords. […] Mais le calme de cette physionomie a je ne sais quoi de provoquant. Cette figure plus mélancolique, plus sérieuse que gracieuse, est frappée par la tristesse d’une méditation constante. Aussi mademoiselle des Touches écoute-t-elle plus qu’elle ne parle. […] Mais chez Camille, l’animal est si complet, si bien ramassé, d’une nature si léonine, qu’un homme quelque peu turc regrette l’assemblage d’un si grand esprit dans un pareil corps et le voudrait tout femme”. (Balzac, 1979: 105).

Je terminerai le portrait physique de Camille Maupin par ces considérations frappantes de Béatrix, uýne blonde ensorceleuse, rivale de Camille. Elle explique à Calyste, d’abord amoureux fou de Camille, ensuite son amant, cette idée de généologie féminine: “Eve est blonde, les femmes brunes descendent d’Adam, les blondes tiennent de Dieu dont la main a laissé sur Eve sa dernière pensée, une fois la création accomplie.” (Balzac, 1979: 117).

Le portrait moral de Mademoiselle des Touches est effectué par plusieurs points de vue différents.

 La première figure est dessinée par les habitants de la petite ville qui fréquentent le chateau du Guénic: Elle est qualifiée par eux comme une sorcière (p.86), une histrionne (86), un bourbier (86), une goupe (84), une balandine (84), une gourgandine (84), une femme impie (84), un être amphibie, ni homme, ni femme (85), un démon (85), une femme possédant des secrets diaboliques  (87) et capable de ruiner les hommes (91). C’est une femme qui a la passion pour les hommes beaucoup plus jeunes qu’elle. Le jeune Calyste (21 ans ), en parlant à sa mère, souligne le tempérament de Camille par ces paroles qui évoquent celles de Musset: “Elle pourrait être ma mère […] , une femme de quarante ans qui aimait un mineur, commettait une espèce d’inceste……” (p.93)

J’ouvre ici une parenthèse pour faire référence à Hortense Dufour qui dit: “George Sand aimera toujours des garçons plus jeunes qu’elle. Ses romans regorgent de cette différence d’âge où la femme est la puissante ainée.” (Dufour, 2002: 19).

Les calomnies les plus impitoyables envers Camille sont faites par l’abbé Grimont, le curé du bourg. D’après lui, “Elle ne mangeait pas encore des petits enfants, elle ne tuait pas des esclaves comme Cléopatre, elle ne faisait pas jeter un homme à la rivière comme on en accuse faussement l’héroïne de la Tour de Nesle; mais cette monstrueuse créature qui tenait de la sirène et de l’athée, formait une combinaison immorale de la femme et du philosophe.” (Balzac. 1979: 96).

Cette femme considérée comme immorale dans ce petit bourg traditionnel était appelé “le sieur Camille Maupin.” Car elle fumait comme un homme des cigarettes (82) et du narghilé (122), elle était une habile écuyère (99), elle portait des pantalons (pp.118-223). Elle avait le goût des objets d’homme (115): elle avait des pistolets, un narghilé, une cravache, un hamac, une pipe, un fusil de chasse, une blouse, du tabac, un sac de soldat.

Elle s’occupait du théâtre, fréquantant les comédiens et les comédiennes (84); elle écrivait des livres, des pièces de théâtre sous un pseudonyme d’homme, elle mangeait sa fortune avec des folluculaires, des peintres, des musiciens, elle logeait chez elle des écrivains vénéreux. Et ce qui est pire encore, elle n’était pas royaliste (84). En un mot, cet esprit libre, novateur, était distingué des autres femmes par des “anomalies inadmissibles”.  On faisait sur elle des narrés qui duraient sept heures.

Le portrait que Calyste fait de Camille est entièrement différent. Pour Calyste, c’est une femme respectable, sublime (136), noble, généreuse (93), artiste, ayant plus de coeur que de talent. Cette femme de génie est pour lui une lumière qui lui donne une éducation comme une mère. (114).

La baronne du Guénic, la mère de Calyste, considère au début Mlle. des Touches avec beaucoup d’inquiétude et de crainte qui dissimulent peu à peu.

Mademoiselle Zéphirine, la tante de Calyste, la déteste, même au moment où elle s’est retirée au couvent pour se repentir. Elle la maudit en prétendant qu’elle est “l’auteur de tous les maux, qu’elle a fait lire à Calyste des livres impies et qu’elle lui a appris un langage hérétique.” (252).

Contrairement aux habitans de Guérande, les paysans des Touches respecte Camille en disant qu’ “elle est bonne dame”. (220).

Quant au jugement de Balzac, en tant qu’auteur omniscient, il est plutôt objectif et même favorable envers son héroïne:    

D’après lui, elle a une âme grande et noble, un esprit étendu et critique qui peut juger sainement tout; elle aime l’indépendance, et son esprit supérieur se refuse l’abdication de la femme mariée (p.101). Les femmes admirent son esprit et les hommes sa beauté (109) .

Pour le portrait psychique de Félicité, nous pouvons mentionner le repentir de Camille Maupin et sa décision de se retirer dans un couvent à Nantes. Dans une lettre adressée à Calyste qu’elle aimait avec une passion orageuse elle dit: “Calyste, […. vous avez amené l’incrédule Camille Maupin, l’auteur de livres et de pièces que je vais solennellement désavouer, vous avez jeté cette fille audacieuse et perverse, pieds et poings liés, devant Dieu. Je suis aujourd’hui ce que j’aurais dû être, un enfant plein d’innocence. Oui, j’ai lavé ma robe dans les pleurs du repentir, et je puis arriver aux autels, présentée par un ange, par mon bien-aimé Calyste. (…) je vous aime sans  aucun intérêt propre, comme une mère aime son fils, comme l’église aime un enfant. ] (Balzac, 1979: 258).

On l’appelle désormais une sainte (p.269). Cette conversion que Camille a faite vers la fin de sa vie, Aurore l’a vécue à l’âge de 15 ans au couvent des dames Augustines anglaises.                   

“Elle s’enflamma d’une crise mystique et voulut entrer en religion […] La diablesse devenait Sainte Aurore.” (Bouchardeau, 2003: 31).

Le portrait intellectuel de Camille Maupin est autant coloré que le portrait physique et moral.

Considéré comme une des quelques femmes célèbres du XIX e siècle, elle reçoit une éducation rabelaisienne, livrée au hasard et devient savante à l’âge de 18 ans. Musicienne, écrivain dramatique et romancière, elle réalise une sorte de révolution littéraire en France. La première éducation qu’elle reçut auprès de son grand oncle maternel, M. de Faucombe, est décrit par les phrases suivantes:

“Son intelligence flotta dans les impuretés de la science et son coeur resta pur. Son instruction devint surprenante, excitée par la passion de la lecture et servie par une belle mémoire”. (Balzac, 1979: 98).

L’éducation d’ Aurore Dupin n’est pas très éloignée de celle de Camille.  Mme Dupin, sa grand-mère paternelle lui enseigna la musique et elle reçut ses premières leçons de grammaire de M. Deschartes, à la bibliothèque de Nohant où elle puisait de grands délices dans les contes de Perrault et dans la mythologie grecque.

L’aspect socio-culturel du portrait de Camille Maupin nous offre un aperçu divergeant. Pour valoriser la place sociale de Félicité des Touches, je me contenterai de la description de sa maison qu’on apelle souvent, dans le roman, un château.

La maison des Touches nous présente également une similitude remarquable avec la maison de Nohant. Lisons-en ensemble la description en la comparant à la façade du manoir de George Sand:

“La maison, assez bien bâtie en pierre shcisteuses et en mortier maintenus par des chaînes en granit, est sans aucune architecture, elle offre à l’oeil une muraille sèche, régulièrement percée par les baies des fenêtres. Les fenêtres sont à grandes vitres au premier étage, et au-rez-de-chaussée en petits carreaux. Au dessus du premier, sont des greniers qui s’étendent sous un énorme toit élévé, pointu, à deux pignons, et qui  a deux grandes lucarnes sur chaque face. […] On y entre par une grande porte  […] Les tons grisâtres de cette maison s’harmonisent admirablement avec le paysage qu’elle domine”. (Balzac, 1979: 103).

Tous ces aspects d’un portrait si complexe nous conduisent peut-être à dresser un parallélisme avec le portrait de George Sand. Mais Balzac, d’une façon subtile, fait plus d’une fois des allusions et des références à George Sand pour nous convaincre à penser qu’elle n’est pas Camille Maupin. Il dit:” Camille Maupin, ce cadet de George Sand qu’elle apelle son frère Caïn.” (Balzac, 1979: 109). Et un peu plus loin nous lisons cette phrase de Camille Maupin qui parle à Calyste: “Vous n’avez rien lu de George Sand, j’enverrai cette nuit un de mes gens acheter ses oeuvres à Nantes….” (Balzac, 1979: 183).

Quoi qu’il en soit, nous pouvons dire, en guise de conclusion que Balzac, sans aucune contestation, a fait circuler dans La Comédie humaine, plusieurs personnalités réelles, notamment des artistes connus de son époque. Il est possible de reconnaître Pierre Leroux dans Léon Giraud, Henri Monnier dans Bixiou, Jules Sandeau dans Lucien de Rubempré.   Mais c’est surtout dans Béatrix et Illusions perdues que nous pouvons rencontrer un grand nombre de personnages inspirés des hommes illustres du XIX e siècle. Au cours de la visite que Balzac rendit à George Sand en mars 1838 à Nohant, elle lui parla de la “liaison dangeureuse” entre Liszt et la Comtesse d’Agoult, attachés l’un à l’autre non pas par la passion, mais par la réprobation qui pèse sur eux. Balzac, impressionné de cette histoire, adopta ces deux personnalités importantes sous les traits de deux personnages, Béatrix Rochefide et Gennaro Conti. Il écrit pourtant à Madame Hanska, le 23 avril 1843  cette phrase significative: “Je n’ai jamais portraituré qui que ce soit que j’eusse connu, excepté Planche dans Claude Vignon de son consentement et George Sand dans Camille Maupin, également de son consentement”. (Balzac, 1979: 7).

Or, comme nous l’avons constaté au cours de cette étude, le portrait d’Amantine Aurore Lucile Dupin nous est présenté sous les traits de Félicité des Touches. Cependant la biographie de Camillle Maupin a, en commun, très peu de choses avec celle de George Sand. Choisie par Balzac comme une victime, conduite par son propre gré au clôture, Camille, reflet sublimé de George Sand est sauvée au couvent de Nantes et fait pleuvoir de son ciel les grâces de la Sainte.

Beaucoup plus que George Sand portraituré, Camillle Maupin est un personnage typiquement balzacien, créé dans un univers fictif, imaginaire. Cette femme-auteur appelée tantôt “la combinaison immorale de la femme et du philosophe” et tantôt “hermaphrodite littéraire” par certains critiques, est une création romanesque plutôt qu’une représentation.

Félicité des Tourches n’est pas Aurore Dupin. Et Aurore Dupin n’a pas été un personnage romanesque, mais un modèle puissant, un modèle imposant.

Pour terminer, laissons toujours la parole à George Sand qui répond à Balzac:

“Flattée ou non, dans la cousine germaine (Camille Maupin) dont vous me parlez, je suis trop habituée à faire des romans pour ne pas savoir qu’on ne fait jamais un portrait; qu’on ne peut ni veut copier un modèle vivant. Où serait l’art, grand Dieu! si l’on n’inventait pas, soit en beau, soit en laid, les trois quarts des personnes où le public bête et curieux veut reconnaître des originaux à lui connus?” (James, 2004: 49).

BIBLIOGRAPHIE

BALZAC, Honoré de, Béatrix, Flammarion, Paris, 1979.

BOUCHARDEAU, Huguette, , George Sand, Les Femmes, HB Edition, Nîmes, 2003.

BOUCHARDEAU, Huguette, George Sand, La Littérature, HB Edition, Nîmes, 2003.

DUFOUR, Hortense, George Sand la somnambule, Editions du Rocher, Paris, 2002.

FERRA, Bartokeu, Chopin et George Sand, Palma de Mallorca, 1975.

JAMES, Henry, George Sand, Mercure de France, 2004.

SAND, George, Histoire de ma Vie, présentée par Damien Zanone, Flammarion, Paris, 2001.