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Nurmelek Demir

INDIANA ET LA CRITIQUE SOCIALE

ÖZET

Indiana ve Toplumsal Eleþtiri

George Sand’ýn ilk romaný olan Ýndiana, yazarýn kadýn haklarý ile ilgili temel düþüncelerini kaleme aldýðý ilk yapýtýdýr. Burada, XIX.yüzyýl Fransýz toplumundaki kadýnýn yerini irdelemeyi ve eleþtirmeyi amaç edinmiþ genç bir yazar olarak karþýmýza çýkar. Rousseau ve Bernardin de Saint-Pierre’in uygar toplum karþýsýnda ilkel doðayý savunan görüþlerini benimsemiþ ve toplumun insanýn özgürlüðünü ve mutluluðunu kýsýtlayan kurallarýna karþý tepkisini dile getirmiþtir.

Anahtar sözcükler: société, civilisation, nature, bovarysme, violence,  condition féminine.

Mots clés: toplum, uygarlýk, doða, bovarizm, þiddet, kadýnlýk durumu.

George Sand définit Indiana comme étant “une histoire du coeur humain avec ses faiblesses, ses violences, ses droits, ses torts, ses biens et ses maux”1 Montrer l’homme sous tous ses aspects, tel s’avère être le but de l’auteur qui s’assigne le rôle de discuter à l’exemple de Jean-Jacques Rousseau ou de Bernardin de Saint-Pierre le lien entre le bonheur humain et l’état de nature ou entre le malheur humain et l’état de civilisation. Chacun des personnages sandiens sont ainsi caractérisés en rapport avec la société malvei lante:

Indiana, dit-elle, c'est un type; c'est la femme, l'être faible chargé de représenter les passions comprimées, ou, si vous l'aimez mieux, supprimées par les lois; c'est la volonté aux prises avec la nécessité; c'est l'amour heurtant son front aveugle à tous les obstacles de la civilisation. Raymon, direz-vous, c'est la société; l'égoïsme, c'est la morale, c'est la raison. - Raymon, répondra l'auteur, c'est la fausse raison, la fausse morale par qui la société est gouvernée; c'est l'homme d'honneur comme l'entend le monde, parce que le monde n'examine pas d'assez près pour tout voir. L'homme de bien, vous l'avez à côté de Raymon; et vous ne direz pas qu'il est ennemi de l'ordre; car il immole son bonheur, il fait abnégation de lui-même devant toutes les questions d'ordre social.”2

 La société de son temps ne fait que représenter des fausses valeurs et ne promet aucunement le bonheur pour la totalité de ses sujets. Cette situation de pessimisme générale s’accompagne sans aucun doute de l’atmosphère qui règne dans la période où Sand honore la scène littéraire de sa présence, c’est-à dire celle du mal du siècle dont se trouvent touchés tous les héros romantiques: “Indiana, c’est Oberman, c’est le malaise de l’âme romantique, en proie au spleen qui suit l’exaltation de l’Idéal.”3

C’est en faisant l’écho de ce mal que le roman débute4: “Par une soirée d'automne pluvieuse et fraîche” Indiana et son cousin Ralph “[semblent] s'abandonner en toute soumission au vague ennui qui [pèse] sur eux”5. La soumission à l’ennui est accompagnée de la soumission au maître, le colonel Delmare, mari d’Indiana, qui “à l’oeil terrible et attentif”, a tous les défauts pour incarner l’image du mari despote. Indiana, conformément à son état d’âme, est d’un physique fragile; elle est “semblable à une fleur née d'hier qu'on fait éclore dans un vase gothique”6; il importe de bien noter que chaque phrase, chaque expression sandienne fait apparaître l’harmonie des contraires, des dissemblances. Quant à Ralph, c’est le héros sandien par excellence qui souffre de “[remarquer] combien, en France particulièrement, les mots ont plus d’empire que les idées”7, alors que sans les mots, les idées sont plus puissantes et surtout plus libres. C’est pourquoi il est aphasique et presque apathique. Il préfère rester silencieux, tandis que Raymon, incarnation de l’homme social, parle beaucoup et avec une élocution frappante. Face à son inertie sociale, le narrateur ne manque pas de le critiquer:

Ralph avait si peu le talent de la persuasion, il était si candide, si maladroit, le pauvre baronnet! sa franchise était si raboteuse, sa logique si aride, ses principes si absolus! Il ne ménageait personne, il n'adoucissait aucune vérité.”8

S’il lui arrive de parler, c’est pour le bien-être d’Indiana, quand par exemple il l’invite à se débarrasser de son état maladif, en regardant les gens qui l’envient. Ici, il serait intéressant de noter que, grâce à Ralph, George Sand dénonce bien avant Flaubert le bovarysme, lorsque celui-là se plaint que “l'homme est ainsi fait, toujours il aspire à ce qu'il n'a pas...”9. Or, Indiana ne souffre point des maux et de l’échec de l’ascension sociale, mais ceux du coeur, de “l'amour heurtant son front aveugle à tous les obstacles de la civilisation”. Cependant Ralph pense que la tristesse de sa cousine provient plutôt de l’éloignement de l’île de Bourbon où elle passa son enfance et qu’elle dut quitter après s’être mariée. Mais, Indiana n’éprouve pas un dépaysement apparent qui la rende éperdue à la manière de Du Bellay. Bien au contraire, son enfance ne porte aucun souvenir heureux, à cause de la violence de son père.  “En épousant Delmare, elle ne fit que changer de maître; en venant habiter le Lagny, que changer de prison et de solitude”10.

Dans ce contexte, Indiana devient le porte-parole de Sand qui se charge de défendre les droits du coeur féminin contre la mysogynie masculine. Elle choisit désormais de lancer le défi, de résister contre tous les hommes qui la rendent malheureuse. Or, elle est bien consciente de sa faiblesse devant l’amour de Raymon qu’elle considère comme son messie. Pourtant celui-ci n’hésite pas à la tromper et à l’humilier, c’est-à-dire à jouer son rôle de l’homme social. Comme Béatrice Didier le souligne “la romancière a peint un personnage bien réel, avec son égoïsme, ses intérêts, ses lâchetés.”11

Indiana souffrant de remarquer la grande aliénation morale de Raymon décide de mettre fin à sa vie. Ralph, homme victime de la société, réapparaît alors à ses côtés pour l’accompagner dans ce sacrifice:

Depuis longtemps, depuis ma naissance pourrais-je dire, la vie me fatigue et me pèse; maintenant, je ne me sens plus la force de la porter sans aigreur et sans impiété. Partons ensemble, Indiana, retournons à Dieu, qui nous avait exilés sur cette terre d'épreuves, dans cette vallée de larmes, mais qui sans doute ne refusera pas de nous ouvrir son sein quand, fatigués et meurtris, nous irons lui demander sa clémence et sa pitié. Je sens que nous avons assez souffert l'un et l'autre ici-bas pour être lavés de nos fautes. Le baptême du malheur a bien assez purifié nos âmes: rendons-les à celui qui nous les a données.”12

La mort se présente alors comme une libération des entraves de la société diabolique pour fusionner avec la nature paradisiaque. C’est ainsi que Ralph fait montre d’une révélation. Dans le milieu naturel, il se débarrasse d’une manière inattendue de son aphasie pour laisser dévoiler son monde peuplé de paroles:

Ainsi qu'une flamme ardente brille au milieu des tourbillons de la fumée et les dissipe, le feu sacré qui dormait ignoré au fond de ses entrailles fit jaillir sa vive lumière. La première fois que cette conscience rigide se trouva délivrée de ses craintes et de ses liens, la parole vint d'elle-même au secours de la pensée, et l'homme médiocre, qui n'avait dit dans toute sa vie que des choses communes, devint, à sa dernière heure, éloquent et persuasif comme jamais ne l'avait été Raymon..”13

Pour la première fois dans sa vie, il ressent la beauté des paroles qui montrent un homme débordé de l’amour d’Indiana et de la haine contre Raymon et la société:

C'est lui que la société aurait dû marquer au front dès le jour de sa naissance! c'est lui qu'elle aurait dû flétrir et repousser comme le plus aride et le plus pervers! Mais, au contraire, elle l'a porté en triomphe.”15

Les paroles qu’il conçoit comme une illumination et “le pouvoir baptismal de l’eau”14lui montrent que la purification de l’âme humaine ne devrait pas être forcément liée à l’idée de la mort. Vivre malgré tout pourrait aussi être un moyen de l’atteindre. Il faudrait donc renoncer non pas à la vie, mais à celle dans une société hostile en fuyant dans la nature bienveillante et en y retrouvant le bonheur.

Notes

1  George Sand, Indiana, p.40.

2 ibid., pp. 40-41.

3 Béatrice Didier, George Sand écrivain, p.72.

4 Isabelle Hoog Naginski, George Sand, l’écriture ou la vie, p. 80.

5 G.Sand, Indiana, p. 49.

6 ibid., p.50.

7 ibid., p.58.

8 bid., p.167.

9 ibid., p.58.

10  ibid., p.16

11 B.Didier, George Sand écrivain, p.37.

12 G.Sand, Indiana, p. 307.

13 ibid., pp. 312-313.

14  ibid., p. 326.

15 B.Didier, George Sand écrivain,  p.52.-

BIBLIOGRAPHIE

Didier, Béatrice. George Sand écrivain, “un grand fleuve d’Amérique”. Paris: PUF, 1998.

Hoog Naginski, Isabelle. George Sand, l’écriture ou la vie. Traduit par Nadine Dormoy en collaboration avec l’auteur. Paris: Honoré Champion, 1999.

Reid, Martine & Bertrand Tillier. L’ABCdaire de George Sand. Paris: Flammarion, 1999.

Sand, George. Indiana. Paris: Gallimard, 1984.